Dépassement par la bande… cyclable

L’Arrondissement de La Cité-Limoilou a donné suite à notre demande et ajouté un bollard à l’intersection de la 8e Avenue et de la 18e Rue. Merci à la conseillère municipale de Maizerets-Lairet, Genevière Hamelin, pour son suivi attentif dans ce dossier.

Bande cyclable de la 8e Avenue à Québec.

Sur la 8e Avenue, la distance standard entre les bollards est de 21 m.

Sur ce blogue, j’ai souvent fait état du problème d’empiètement sur la bande cyclable de la 8e Avenue. Rien n’ayant été fait pour corriger la situation, et un problème en attirant un autre, certains automobilistes n’hésitent plus à utiliser la bande cyclable comme voie de dépassement.

À la Ville, on tient généralement pour acquis que cette manœuvre est impossible. La présence de bollards empêcherait les voitures d’emprunter la voie réservée aux vélos. Seulement, la distance standard entre ceux-ci est de 21 mètres le long de la 8e Avenue. Comme si ce n’était pas assez, elle atteint 25 mètres entre le dernier bollard et l’intersection de la 18e Rue.

Vingt-cinq mètres, c’est cinq voitures à la queue leu leu. D’où le phénomène suivant, plutôt que d’attendre en ligne, certains automobilistes se faufilent sur la voie cyclable pour dépasser les véhicules qui les précèdent avant de virer à droite.

À l’heure de pointe, la manœuvre est si fréquente qu’il ne m’a fallu que cinq minutes pour capter cette vidéo.

Alors que quelques secondes plus tôt, les vélos roulaient tranquillement sur la bande cyclable, sans gêner la circulation, l’infraction de la voiture de droite vient semer la confusion. Pour contourner le véhicule, les cyclistes doivent changer d’approche, ce qui rend leurs comportements imprévisibles :

  1. le premier ralentit et s’appuie sur le trottoir pour longer le taxi
  2. le second se faufile entre la voiture et le taxi pour rester sur la bande cyclable
  3. le troisième préfère quitter la bande cyclable et traverse la rue (pour ne pas rouler à contresens)

C’est d’autant plus problématique qu’en raison de leur champ de vision limité, les automobilistes ne sont pas toujours en mesure de comprendre pourquoi, soudainement, les cyclistes adoptent des comportements erratiques. Au risque de les attribuer à l’irresponsabilité des cyclistes plutôt qu’à l’infraction d’un chauffeur pressé.

Ajout de bollards à l'approche de l'intersection. Les ronds jaunes désignent les emplacements actuels et les ronds rouges les emplacements suggérés.

Ajout de bollards à l’approche de l’intersection. Les ronds jaunes désignent les emplacements actuels et les ronds rouges les emplacements suggérés.

Quelques semaines avant que je ne capte cette vidéo, un accrochage est d’ailleurs survenu en pareilles circonstances. Pour rester sur la bande cycliste, deux cyclistes (en tandem) ont tenté l’approche numéro 2. L’espace étant trop étroit, ils ont perdu l’équilibre et ont éraflé la voiture de gauche. Pendant que l’automobiliste lésée demandait des comptes aux cyclistes, l’automobiliste ayant provoqué l’incident (en occupant la bande cyclable) prenait la fuite. C’est dire à quel point cet aménagement est problématique.

Ce n’est pourtant pas les solutions qui manquent ! On pourrait, par exemple, mettre des bollards aux 2 m à l’approche de l’intersection, ce qui empêcherait les automobilistes de s’engager sur la bande cyclable (image ci-contre).

Une autre solution (ci-dessous) consisterait à aménager un petit terre-plein entre la voie cyclable et celle réservée aux voitures, ce qui, du reste, devrait être la norme.

Petit terre-plein entre la voie automobile et la bande cyclable.

Suggestion d’aménagement d’un terre-plein entre la voie automobile et la bande cyclable.

Dans un rapport de 2009 sur les facteurs de sécurité des aménagements cyclables, l’Institut national de santé publique du Québec soulignait que les bandes cyclables bidirectionnelles, comme celle de la 8e Avenue, augmentent de trois à douze fois les risques de blessures, particulièrement aux intersections. Dans la foulée, le rapport invitait les municipalités à bonifier les aménagements qui s’y trouvent. Un message qui, malheureusement, n’a pas trouvé d’écho.

Pourquoi ne fait-on rien ? D’abord, parce qu’on ne reconnaît pas le problème. Ensuite, parce qu’on considère que l’installation de bollards aux intersections serait problématique et pourrait causer des accrochages.

Il ne fait aucun doute qu’un délinéateur qui forcerait les automobilistes à négocier un virage à 90° pourrait freiner l’élan de certains. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais il faut reconnaître que cela pourrait compliquer la vie aux camions et aux autobus scolaires.

Mais est-ce qu’un bollard qui serait fixé à, disons, 2 m de l’intersection, serait tellement « dans le chemin » que les véhicules routiers seraient incapables de tourner à droite ? Si c’est le cas, je crois qu’il faut s’inquiéter, car c’est précisément à cet endroit qu’on demande aux cyclistes de se tenir pour attendre le feu vert. Préfère-t-on qu’un chauffard arrache un bollard ou écrase un cycliste ? Entre deux maux, il faut choisir le moindre.

Une réflexion sur “Dépassement par la bande… cyclable

  1. Je vais au cégep à côté, et j’ai aussi remarqué le problème plusieurs fois. Ça vaudrait la peine que quelqu’un se penche sur la question, d’autant plus que le problème serait facile et peu couteux à régler. Dans un cartier comme limoilou où les cyclistes sont nombreux, ça vaudrait vraiment la peine.

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