Parc technologique : embargo sous zero

Le passage à niveau de l'avenue Montbray est un point névralgique.

Le passage à niveau de l’avenue Montbray est un point névralgique.

Coincé entre trois autoroutes et deux voies ferrées, le Parc technologique est typique du peu de cas qu’on fait de notre nordicité dans la planification des transports actifs.

Pour s’y rendre à partir de Ste-Foy, les piétons et les cyclistes doivent emprunter le passage à niveau de l’avenue Montbray qui permet d’accéder à l’avenue Watt puis à la rue Einstein par une piste cyclo-pédestre de plus ou moins 400 mètres. En été, la balade est agréable, surtout depuis qu’on a aménagé une bande cyclable le long du boulevard du Parc-Technologique.

Après les premières neiges cependant, le passage n’est pas entretenu et se transforme peu à peu en banc de neige qu’on doit escalader pour traverser la voie ferrée. Comme les 400 mètres qui séparent la voie ferrée de l’avenue Watt ne sont pas déneigés, les grimpeurs doivent ensuite se frayer un chemin à travers le stationnement d’un concessionnaire. Pour promouvoir le transport actif, on a déjà vu mieux !

L’hiver dernier, un employé d’une firme d’ingénierie voyageant à vélo a questionné la Ville de Québec au sujet du déneigement, ou plutôt du non-déneigement, du passage de l’avenue Montbray (ci-dessous).

On lui a répondu que ce parcours n’était pas assez fréquenté et que, pour cette raison, il n’était pas entretenu. Voici la réponse qu’il a reçue de l’Arrondissement de Ste-Foy–Sillery–Cap-Rouge :

La politique de déneigement de la Ville prévoit le déneigement ou non des pistes cyclables ou piétonnières selon leur degré de fréquentation. Or celle que vous avez désignée s’avère peu empruntée. Voilà pourquoi elle n’est pas déneigée. Par contre, vous avez accès, tout près, à d’autres passages comme celui qui joint la rue Chanoine-Scott et l’avenue Watt, ou encore le boul. du Versant Nord à l’avenue Blaise-Pascal.

On peut toutefois se demander sur quelles statistiques les fonctionnaires se sont appuyés pour conclure que ce passage « s’avère peu emprunté ». En 2014, la municipalité avait très peu de données sur la fréquentation des pistes cyclables. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a lancé l’application Mon trajet vélo dont les résultats seront connus en mars.

D’autres données existent pourtant et elles contredisent les conclusions de l’Arrondissement. La carte thermique produite par l’équipe de Strava est éloquente ! À partir de Ste-Foy, le passage à niveau de l’avenue Montbray est la porte d’entrée du Parc technologique (en rouge sur la carte). En comparaison, le passage de la rue Chanoine-Scott (la mince ligne verte en bas à gauche) est sous-utilisé.

Carte thermique des trajets les plus fréquentés par les utilisateurs de l'application Strava dans le secteur du Parc technologique.

Carte thermique (heat map) des trajets les plus fréquentés par les utilisateurs de l’application Strava dans le secteur du Parc technologique.

Même en hiver, les piétons et les cyclistes seraient nombreux à l’emprunter. « Après chaque bordée, il y a dejà dix ou quinze traces de pas lorsque je passe par là vers 7h le matin », constate Étienne Grégoire qui se désole qu’on ne cherche pas à corriger la situation.

Au contraire, on lui suggère un détour en alléguant qu’il a accès « tout près » à d’autres passages, soit celui de la rue du Chanoine-Scott et de l’avenue Blaise-Pascal (derrière le Costco). Or, ces deux  passages sont situés, respectivement, à 1,5 km et à 3 km de là.

C’est mal comprendre les concepts de « marchabilité » et de « cyclabilité » que de penser qu’un détour de 3 à 6 km est un détour raisonnable. Selon l’Enquête Origine-Destination, la quasi-totalité des déplacements à pied (97 %) se font sur moins de 2 km alors que la grande majorité (83,5 %) des déplacement à vélo se font sur moins de 5 km.

Proposer un détour aussi important n’est pas seulement insensé, c’est tout simplement irresponsable. Comble de l’ironie, le passage de l’avenue Blaise-Pascal, où on le dirige, n’est pas déneigé. Le seul à l’être est celui de la rue Chanoine-Scott qui, paraxodalement, est le moins fréquenté des trois.

Le Parc technologique et le Parc industriel Colbert qui l’entoure représentent un pôle de 10 000 emplois dans la région de Québec. La municipalité a beau multiplier les efforts pour attirer des entreprises de haute technologie sur son territoire, elle n’en fait visiblement pas assez pour séduire leurs employés qui sont de plus en plus nombreux à opter pour le transport actif. Pour les retenir, peut-être serait-il temps de lever l’embargo sur le vélo d’hiver.

Une réflexion sur “Parc technologique : embargo sous zero

  1. Très bon billet, Vélurbaniste! Ça me fait toujours bien rire quand j’entends le maire ou un conseiller municipal dire, grosso modo, que la Ville s’efforce d’attirer et de retenir les jeunes familles. Est-ce qu’ils savent vraiment ce que les jeunes familles, en 2015, veulent? Pas certain. Il leur reste beaucoup à faire pour passer de la parole aux actes.

Les commentaires sont fermés.