Péril sur la Pente-Douce

La bande cyclable de la côte de la Pente-Douce

La Pente-Douce illustre à elle seule la plupart des défauts de conceptions cyclables.

Il est surprenant de penser qu’une ville comme Québec n’a toujours pas trouvé la façon optimale de gérer la circulation des vélos dans les côtes. Le relief de la ville, avec ses falaises et ses dénivelés, est pourtant un des principaux obstacles au « vélo, boulot, dodo ».

La Pente-Douce illustre à elle seule la plupart des défauts de conception possibles et imaginables. La côte cyclable, qui s’étire de la rue Marie-de-l’Incarnation au chemin Ste-Foy, souffre de plusieurs lacunes : conception bigarrée, jonction désastreuse, surexposition à la pollution routière, revêtement expérimental et entretien déficient… La liste est longue !

1. Conception bigarrée

La bande cyclable se transforme en chaussée désignée sur Arago, en bas de la Pente-Douce.

La bande cyclable se transforme en chaussée désignée sur Arago, en bas de la Pente-Douce.

En dévalant la pente, on passe coup sur coup d’une chaussée désignée à une bande cyclable, à une piste cyclable au niveau du trottoir, à une autre bande cyclable, puis à une chaussée désignée. Chaque changement doit être abordé avec circonspection, notamment en raison du manque d’entretien.

Si certains mettent les freins, d’autres préfèrent rouler dans la rue ou sur le trottoir (qui a le mérite d’être uniforme). Difficile de le leur reprocher. La frénésie de la descente, c’est la contrepartie de l’ascension.

Si, dans la plupart des cas, les risques de blessures sont mineurs, le dernier droit est carrément dangereux. Au plus fort de la descente, la bande cyclable se transforme en chaussée désignée (photo ci-contre). Les cyclistes n’ont qu’une fraction de seconde pour se déporter vers la gauche, se mêler à la circulation automobile et sortir de la zone d’emportiérage (car le stationnement est autorisé sur Arago). Ces quelques places de stationnement valent-elle ce risque ? À 40 km/h, l’ouverture d’une portière sur la trajectoire d’un cycliste ne pardonne pas.

2. Jonction désastreuse

Les voitures ont une flèche pour tourner à droite (à travers la voie cyclable) en bas de la Pente-Douce.

Les voitures ont une flèche pour tourner à droite (à travers la voie cyclable) en bas de la Pente-Douce.

Dans la montée, la situation n’est guère mieux. Pour atteindre la Pente-Douce, on nous invite à emprunter la chaussée désignée de la rue Franklin, qui devient une bande cyclable juste avant l’intersection de Marie-de-l’Incarnation (photo de droite) où les cyclistes doivent traverser 5 voies de circulation, dont deux dans une bretelle d’accès.

Pour les vélos, c’est un véritable foutoir. Dans un premier temps, les cyclistes doivent traverser Marie-de-Incarnation jusqu’à un terre-plein. Comme les voitures qui arrivent de la rue Franklin ont une flèche pour tourner à droite, les cyclistes qui veulent passer au feu vert se font constamment couper. Pourquoi n’y a-t-il pas de phase prioritaire pour les vélos ? C’est quand même une voie cyclable !

Une fois sur l’îlot central, on doit traverser les deux voies de la bretelle qui permettent aux voitures (arrivant du nord) de filer sur la Pente-Douce sans s’arrêter. Comme le « céder le passage » n’est jamais respecté, les cyclistes doivent s’arrêter au moment même où ils devraient prendre leur élan pour gravir la côte. En terme d’aménagement, on a déjà vu mieux.

3. Parcours équivoque

Un panneau indique aux cyclistes de tourner sur Calixa-Lavallée plutôt que de passer derrière l'Hôpital de St-Sacrement.

Un panneau indique aux cyclistes de tourner sur Calixa-Lavallée plutôt que de passer derrière l’Hôpital de St-Sacrement.

En haut de la Pente-Douce, les cyclistes sont dirigés vers la chaussée désignée de l’avenue Calixa-Lavallée, qui rejoint le vélo-boulevard Père-Marquette. Ce parcours est problématique pour deux raisons. D’abord parce que cette côte est beaucoup trop abrupte (6% en moyenne, avec des dénivelés à 10%). Ensuite, parce que les cyclistes ne peuvent pas rivaliser avec les voitures qui doivent maintenir une certaine vitesse pour gravir la côte. Conséquence ? Les automobilistes accélèrent pour dépasser les cyclistes, les forçant à se déplacer dans la zone d’emportiérage et à perdre de la vitesse…

Pour éviter Calixa-Lavallée, les initiés passent par le stationnement de l’Hôpital du Saint-Sacrement. La pente est moins abrupte (4%) et il y a peu ou pas de circulation. Alors pourquoi envoyer les cyclistes sur le mauvais chemin ? La signalisation est sans équivoque : un panneau indique aux cyclistes de tourner sur Calixa-Lavallée et les barrières, à l’entrée du stationnement de l’hôpital, sont clairement dissuasives.

Pourquoi ne pas y aménager une bande cyclable ou, à tout le moins, une chaussée désignée, à travers le stationnement de l’hôpital ? Peut-on seulement penser qu’une institution de santé publique refuse de faire son bout de chemin pour promouvoir le transport actif ?

4. Surexposition à la pollution atmosphérique

Les cyclistes qui gravissent la Pente-Douce sont plus exposés à la pollution que ceux qui descendent.

Les cyclistes qui gravissent la Pente-Douce sont plus exposés à la pollution que ceux qui descendent.

Même si les bénéfices du vélo dépassent largement les risques pour la santé, les cyclistes pâtissent de l’exposition à la pollution routière. C’est particulièrement le cas dans les côtes, où ils ventilent davantage alors que les moteurs tournent à fond.

Dans un rapport de 2013, l’OCDE y va d’ailleurs d’une mise en garde. Dans les côtes, les infrastructures cyclables devraient se trouver à l’écart de la circulation routière :

Les cyclistes respirent plus rapidement et inspirent plus profondément que les occupants d’un véhicule. Par conséquent, même si les niveaux ambiants peuvent être similaires, les particules [particules fines et ozone] se déposent dans les poumons des cyclistes en quantités beaucoup plus importantes, multipliées par plusieurs puissances de dix. … La santé des cyclistes y gagnerait si les infrastructures cyclables étaient aménagées, si possible, à l’écart de la circulation routière, en particulier dans les zones d’accélération des véhicules (pentes, longues lignes droites).

 

La Pente-Douce étant empruntée par de nombreux véhicules lourds, dont les métrobus du RTC, on devrait prendre cette mise en garde au sérieux. En tout état de cause, c’est dans la montée que les cyclistes ont le plus besoin d’être séparés de la circulation routière et de la pollution qu’elle dégage; la descente dure moins d’une minute, et ne requiert pas d’efforts physiques substantiels. Or, sur la Pente-Douce, on a fait exactement le contraire !

Dans la descente, les cyclistes sont séparés de la circulation automobile par une large bande de gazon, alors que dans la montée, ils circulent sur une étroite bande cyclable, à moins d’un mètre des pots d’échappement. Pour diminuer l’exposition des cyclistes à la pollution routière, on devrait déplacer cette voie du côté sud, le long du parc des Braves, où la pollution est moins directe.

5. Revêtement expérimental

S’il y a un endroit où l’on ne devrait pas expérimenter de nouveaux revêtements, c’est bien dans les côtes ! Qu’on monte ou qu’on descende, l’adhérence est un facteur clé. Dans la montée, pour ne pas perdre son élan. Dans la descente, pour ne pas foutre le camp.

Personne n’a envie de tester l’adhérence d’un nouveau revêtement en dévalant une côte à 40 km/h, comme la fameuse peinture bleue qui recouvre les voies cyclables de la Pente-Douce et s’écaille depuis plusieurs années. Le sable et le gravier qui jonchent la chaussée ajoutent d’ailleurs au défi.

8 réflexions sur “Péril sur la Pente-Douce

  1. Pour ma part, j’emprunte cette pente occasionnellement et je la trouve plutôt correcte. Mais je préfère de loin la côte Badelard, un peu plus à l’ouest ou l’ascenceur du Faubourg et les petites rues dans St-Jean-Baptiste. C’est effectivement la montée qui est le segment le plus problématique à cause de la proximité d’un trafic qui ne tient pas toujours compte de notre présence!

  2. Très bon exposé! J’emprunte ce trajet matin et soir, 12 mois par année, et je ne me sens jamais en sécurité, surtout en montant. La traversée de Marie de l’incarnation est pour le moins périlleuse puisque personne de respecte le passage pietons; quant au virage à gauche sur Calixa Lavallée, je ne compte plus les fois où je me suis fait couper la voie par des autos continuant tout droit vers l’hôpital (malgré mon bras tendu vers la gauche très visible), et même par des autos sortant de l’hôpital, alors qu’il ont un arrêt obligatoire!
    Il y aussi l’eau qui coule du Parc des Braves qui se transforme en glace l’hiver, rendant la descente particulièrement dangereuse. Bref, un bon exemple de mauvais aménagement cyclable!

    • Je me demandais d’où venait toute cette glace! Même au printemps, lorsque toutes les autres routes sont sèches, il y a encore de la glace sur la pente douce! Et puisque la piste est remplie de neige il faut s’y aventurer sur la rue en compagnie des voitures.
      J’y suis tombée l’autre fois et j’ai été chanceuse de m’en sortir avec si peu de blessures.

  3. La montée est effectivement l’aspect le plus problématique à mon avis. Autant traverser Marie-de-l’Incarnation où les voitures ne cèdent pas que monter Calixa-Lavallée demande parfois de s’imposer tandis que la montée en hiver se fait carrément dans la voie automobile comme la bande cyclable est mal déneigée. Quand il n’y a plus de neige, il reste plein de garnotte et la peinture expérimentale qui a décollé ne marque plus la bande cyclable sur laquelle les voitures empiètent alors largement. Ce sont les principaux problèmes à mon avis, mais les autres sont tout aussi justes.

  4. Les problèmes nommés dans le topo sont tout à fait réels. Je circule par là à tous les jours, hiver comme été, et c’est pas évident. À l’intersection de Marie de l’incarnation, lors de la montée, soit je me fais couper par les voitures qui tournent à droite et je dois attendre le feu suivant (ou demander le feu piéton) soit je meurs de peur en traversant les 2 voies de voitures montant la côte. Et la descente est très dangereuse au printemps avec l’écoulement d’eau provenant du parc des braves qui gèlent lorsqu’il fait moins de zéro le matin. Il y aurait du travail à faire pour améliorer la situation, c’est certain !!!

  5. En montée, le virage à gauche depuis la Pente-Douce vers Calixa-Lavallée est délicat. La bande cyclable nous incite à longer le trottoir le plus longtemps possible avant de faire un virage soudain à gauche à angle droit. Cette façon de faire oblige à vérifier la présence d’automobiles dans toutes les directions à la fois avant de faire le virage. Personnellement, je me prépare à quitter cette bande cyclable aussitôt que j’ai traversé l’avenue belvédère en faisant un changement de voie sécuritaire et en signalant mon intention de tourner à gauche. Ainsi, au moment du virage, je peux davantage surveiller les autres directions.
    Durant la montée de Calixa-Lavallée, il est important de circuler à bonne distance des portières. Ne pas céder à la pression des automobilistes qui suivent. Je roule comme si chacune des portières *allait* s’ouvrir devant moi. Ma vie vaut plus que le gain de quelques secondes que pourrait avoir l’automobiliste en me dépassant. Et de toute façon, on finit généralement tous par attendre au feu rouge en haut de la pente.

  6. Excellent topo. Sa conception est une illustration à elle-seule du manque d’expertise de la ville en matière d’aménagement cyclable.

    On pourrait rajouter qu’en direction est entre la rue Chouinard et l’escalier du parc des Braves, un déversement d’eau de pluie (et de petites roches ou de feuilles) est récurrent, ce qui ne contribue en rien à une descente securitaire !

    Puisque les voitures doivent inévitablement emprunter les rues Calixa-Lavallée ou Belvedère qui sont à une voie dans chaque direction, ne serait-t-il pas avisé de retirer une voie de circulation en direction ouest afin de doter la Pente-Douce d’une voie cyclable séparée de la circulation automobile ?

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