Pour en finir avec les boulevards dangereux

L’artiste Wartin Pantois a trouvé une façon originale de souligner la dangerosité des rues.

Chaque fois qu’un piéton ou un cycliste se fait frapper par une voiture, les journalistes et les autorités s’empressent de nous expliquer qu’il s’agit d’un accident. On nous dira que le conducteur a brulé un feu rouge, que le piéton est sorti de nulle part ou que le cycliste ne portait pas de casque, sans jamais remettre en question la configuration de la rue et son effet sur les comportements.

Dans son récent livre Streetfight: Handbook for an Urban Revolution, l’ex-commissaire aux transports de la ville de New York, Janette Sadik-Khan, explique comment elle s’y est prise pour réduire le nombre de décès sur les boulevards de la Grosse Pomme.

Peu après son entrée en fonction, l’administration Bloomberg s’est fixé pour objectif d’abaisser de moitié le nombre d’accidents de la route. Comme c’est le cas chaque fois qu’un accident soulève des questions sur la sécurité des aménagements routiers, les ingénieurs ont protesté qu’ils ne pouvaient pas remédier à la bêtise humaine.

Janette Sadik-Khan Streetfight

The agency’s engineering and safety offices questioned how we could promise to reduce traffic deaths when so many crashes were caused by reckless driving, drinking, and blowing though traffic signals and signs. They couldn’t engineer for bad judgement.

C’est précisément en questionnant ce raisonnement que Sadik-Khan a gagné son pari. Sous sa gouverne, le Département des transports a placé la sécurité au cœur du design urbain et modifier la géométrie des rues pour décourager la vitesse excessive.

Designs could physically change the street to prevent or reduce any benefit to driving dangerously, and tip the balance of the street in favour of the pedestrian so that a mistake on anyone’s part doesn’t become a death sentence.

Car la vitesse est en cause dans la majorité, sinon la totalité, des collisions graves et mortelles. C’est en la réduisant qu’on peut réduire le nombre et la gravité des accidents.

Une approche par corridors

Pour ce faire, l’administration a adopté une approche par corridors. Au lieu de dresser une liste des intersections les plus dangereuses, l’administration a cherché à identifier les corridors où surviennent les accidents graves et mortels.

…looking only at specific intersections can obscure high rates of serous crashes dispersed over many miles of a particular street. Intersection X may have the highest single number of serious crashes, but Street Y has far more people dying and suffering injury.

Cette approche a permis à l’administration de cibler les boulevards à réaménager pour donner plus de place aux piétons et, ce faisant, créer la sécurité par le nombre. Aux endroits où des modifications majeures ont été apportées, le nombre de décès a chuté de 34%.

Qu’en est-il dans la Vieille-Capitale ?

rue de la Couronne Pietons

La rue de la Couronne est la plus accidentogène à Québec.

Pour y voir plus clair, velurbanisme.com a fait l’exercice pour Québec. Nous avons utilisé les données de la carte interactive d’Accès transports viables, qui géolocalise 3486 accidents routiers impliquant au moins un piéton ou un cycliste entre 2005 et 2014, dont nous avons retiré les accidents légers.

Cette approche nous a permis d’identifier 11 boulevards enregistrant au moins un accident grave ou mortel, par kilomètre, tous les 3 ans. Certains en comptent toutefois beaucoup plus !

En Basse-Ville, le prix citron revient aux concepteurs de la rue de la Couronne. Six accidents graves y ont eu lieu entre 2005 et 2014, ce qui représente 1,2 accident par kilomètre par année.

En haut de la falaise, le tronçon le plus dangereux se trouve sur le chemin Ste-Foy, entre le parc des Braves et l’Hôpital du St-Sacrement (non, ce n’est pas une blague). Il faut en effet beaucoup de courage pour braver les véhicules motorisés lorsque le chemin Ste-Foy s’élargit et que le trafic accélère… car ce tronçon est le théâtre de 1,1 acc./km/année.

Un autre corridor à risque est le boulevard Charest qui génère 0,8 accident/km/année sur presque toute sa longueur. Suivent le chemin Ste-Foy en face de la Pyramide (0,7 acc./km), le chemin de la Canardière (0,7 acc./km), la rue Dorchester (0,6 acc./km), le boulevard Laurier (0,6 acc./km), la rue Marie-de-l’Incarnation (0,5 acc./km), la 3e Avenue E. (0,4 acc./km), la 18e Rue (0,4 acc./km) et la rue du Colisée/3e Avenue O. (0,3 acc./km).

La carte ci-dessous présente les corridors occasionnant au moins 1 accident par km tous les 3 ans.

Peut-on freiner l’hémorragie ? À l’instar de New York, il est grand temps que l’administration Labeaume se dote d’une Vision Zéro, une feuille de route visant à réduire les accidents de la route en réaménageant les corridors les plus dangereux pour décourager la vitesse excessive, donner plus de place aux piétons et favoriser la sécurité par le nombre.