La Vision des déplacements à vélo au ballotage

Martial Van Neste St-Sauveur

Martial Van Neste inspectant le chantier de la rue Montmagny.

Le possible « déclassement » du projet d’axe nord-sud du quartier St-Sauveur en chaussée désignée vers la Pente-Douce a été reçu comme une onde de choc par la communauté cycliste. Dans une lettre ouverte, le président de la Table de concertation vélo des conseils de quartier, Martial Van Neste, estime que cette décision compromettrait la réalisation de la Vision des déplacements à vélo. Avec sa permission, nous l’avons reproduite ici.

La seconde consultation publique qui a eu lieu ce mardi 30 août dans le quartier St-Sauveur à propos d’un aménagement pour les vélos sur la rue Montmagny remet en question une composante cruciale au développement de la pratique du vélo à Québec. Dans le cadre de la Vision des déplacements à vélo de la Ville de Québec pour les cinq prochaines années, cette rue deviendra le premier et seul véritable axe cyclable aménagé entre la haute-ville et la basse-ville via la Pente-Douce.

La Table de concertation vélo des conseils de quartier* avait identifié, avant le dépôt du plan de la Ville, que la mise en place d’axes cyclables nord/sud et est/ouest sont primordiaux. Ces axes cyclables visent à être l’équivalent pour les cyclistes ce que sont le boulevard Charest, le boulevard Laurier, Henri-IV et autres grands axes routiers de la capitale pour les automobilistes. Comme on ne peut pas penser une grande ville sans grands axes routiers, on ne peut pas penser un réseau cyclable utilitaire sans ses grands axes cyclables.

Des deux propositions présentées, il faut préciser que même celle qui réduit les espaces de stationnements est déjà un compromis pour un axe cyclable à grand débit. En effet, un véritable axe cyclable sécuritaire pour tous (pas seulement les cyclistes aguerris ou téméraires) comporterait une séparation physique, à tout le moins des bollards, entre les cyclistes et les autos, et non pas seulement de la peinture sur la chaussée comme il est proposé.

 

Donc, dans un esprit de compromis, dans la première proposition des fonctionnaires, du stationnement est conservé, car des pistes protégées auraient nécessité d’enlever tous les stationnements. Une étude détaillée de l’utilisation du stationnement dans cette rue démontre que c’est seulement à certaines heures que les espaces restants ne suffiraient plus. Il est clair que la question du stationnement est épineuse pour les résidents locaux et elle doit être abordée avec des propositions minimisant les impacts sur ceux-ci. La Ville devrait étudier sérieusement les alternatives de stationnement sur les rues transverses et/ou l’utilisation de vignettes pour les résidents automobilistes qu’elle veut ménager (avec raison !) ou même l’aménagement de nouveaux stationnements pour résidents.

Cependant, la proposition que supporte l’élue locale, avant même que les citoyens ne se soient prononcés, qui préserve tous les stationnements, donc aucun compromis du côté des résidents automobilistes, aura des répercussions très dangereuses pour les cyclistes, particulièrement dans la partie sud. En effet, avec cette proposition, les cyclistes roulant vers le sud, seront lents, car en montée, en plein dans la rue, sans marquage (solution dite de voies partagées). L’automobiliste en arrière de ceux-ci, s’il respecte la distance prescrite par la loi pour le dépassement, risque de se retrouver face à face avec les cyclistes qui descendent à pleine vitesse, après un tournant à 90 degrés, protéger seulement par la petite ligne sur le sol !

Il est bon de préciser que dans ce quartier, la moitié des résidents n’ont pas d’auto. Même si plusieurs résidents du quartier sont venus supporter l’option de réduction du stationnement, ce sont les résidents chahutant lors de l’assemblée qui semblent avoir l’oreille de la conseillère.

On comprend la position de compromis des fonctionnaires de la Ville qui veulent faire un premier pas sans trop brusquer la configuration des rues et du stationnement, et surtout démontrer, hors de tout doute, qu’il y a beaucoup de gens à Québec qui désirent faire du vélo utilitaire, mais qui n’en font pas, car ils ont peur. Cette démonstration a déjà été faite dans de nombreuses grandes villes à travers le monde et même à Québec. Dès que des infrastructures sécuritaires sont en place, l’utilisation augmente en flèche. Le seul axe cyclable entre la haute-ville et la basse-ville ne sera pas une exception s’il est sécuritaire.

Le problème est que même s’il est dangereux il y aura assez de cyclistes pour que des accidents surviennent. Car après réflexion, plusieurs cyclistes considèrent que la proposition avec voies partagées sera plus dangereuse que la situation actuelle. On pourra toujours envoyer les rapports d’accidents aux élus qui auront supporté une proposition sans compromis pour le stationnement…

Heureusement, la partie n’est pas encore jouée. La proposition devra être présentée au conseil d’arrondissement de la Cité-Limoilou qui est une assemblée publique avec période de questions. Il sera intéressant de voir la position de l’ensemble des élus de l’arrondissement, car c’est aussi la sécurité des citoyens cyclistes des quartiers avoisinants qui est mise en jeu.

La « vision vélo » n’est pas l’affaire d’une seule rue et des citoyens qui y vivent. C’est une question de planification urbaine qui va toujours faire quelques mécontents. Le bien et la sécurité de l’ensemble des citoyens doivent aussi être mis dans la balance.

* La Table de concertation vélo des conseils de quartier n’est pas une association de cyclistes, ce sont des représentants désignés par les conseils de quartier et les propositions de la table sont ratifiées par chacun des conseils de quartier participant. Ils sont plus d’une vingtaine de tous les arrondissements du centre comme de la périphérie de Québec.