Une cycliste prise en filature

Une cycliste s'est fait prendre en filature pour avoir roulé... un 25 octobre.

Une cycliste s’est fait prendre en filature pour avoir roulé… un 25 octobre.

L’hiver s’en vient. Parmi les signes avant-coureurs, le retour des remontrances aux courageux et courageuses qui enfourchent leur vélo après (ou même un peu avant) la fermeture du réseau cyclable.

Madeleine Cloutier l’a appris à ses dépens la semaine dernière, lorsqu’elle s’est fait prendre en filature par un automobiliste pressé de la voir remiser sa bicyclette. Voici le récit de sa mésaventure.

Je fais la route entre le centre-ville et Charlesbourg en vélo en plein trafic à 17h30. Je me sens un petit peu vulnérable au travers des véhicules pressés sur les routes, alors je suis très prudente, respecte le Code de la route et laisse la priorité aux voitures.

J’attends le passage piétonnier à l’intersection 1re rue et 8e avenue pour rejoindre la piste cyclable qui se trouve sur celle-ci. Mon vélo est à moins de 10 cm du trottoir, sur lequel j’ai d’ailleurs un pied et où se trouvent trois piétons qui attendent aussi. Soudain, un sexagénaire dans sa voiture bleue me klaxonne en me faisant des simagrées… Les piétons s’insurgent devant son manque de savoir-vivre et m’assurent que je n’ai rien à me reprocher.

C’est à ce moment que la voiture qui le suit, souhaitant tourner à droite, klaxonne à son tour. J’en comprends qu’elle aimerait se faufiler à la droite de la voiture bleue (alors que la rue n’a qu’une seule voie) pour tourner et que je lui barre la route. Il n’y a malheureusement pas de place où je peux me tasser de façon sécuritaire, alors je lui fais un signe d’excuse. La première voiture s’engage alors dans l’intersection pour laisser de la place à la deuxième, qui tourne à droite en me frôlant le guidon et en gesticulant. Les piétons sont encore plus en colère que moi… Ils sont de toute évidence moins habitués que moi à ce genre de comportements envers les cyclistes.

Le sexagénaire me klaxonne à nouveau et gesticule de plus belle. Il baisse sa fenêtre, dans laquelle se précipite son chihuahua vêtu d’un t-shirt du Canadien.

— T’es pas dans un quartier résidentiel ici ma p’tite ! T’as pas le droit d’être là ! me lance-t-il.

 

Je suis un peu éberluée par son commentaire. Je suis en plein Limoilou… Il y a des triplex tout autour. On n’a définitivement pas la même définition d’un quartier résidentiel. Pensant qu’il craint que je ne m’engage sur l’autoroute Dufferin-Montmorency, je lui réponds candidement :

— Inquiétez-vous pas, je suis seulement sur la voie pour rejoindre la piste cyclable juste ici, au coin de la rue.

— T’as pas le droit d’être là ! J’te le dis juste au cas où tu savais pas.

C’est à ce moment que le passage piétonnier s’allume… et que l’histoire commence réellement.

Je suis sur la piste cyclable depuis quelques instants quand je réalise que la voiture bleue me suit, à très basse vitesse pour tenter de rester à ma hauteur.

L’homme continue de crier par-dessus son chihuahua en me regardant moi, et non pas la route devant lui. Ne comprenant pas trop ce qu’il dit, je l’ignore totalement et arrive un peu avant lui à un arrêt. Je suis immobilisée, un pied à terre, quand je réalise qu’une autre voiture, perpendiculaire à la piste cyclable, est arrivée en même temps que moi à l’arrêt et que son conducteur me fait signe de passer. Ce faisant, il bloque partiellement la route à la voiture bleue, arrivée en dernier au stop. Je remercie le conducteur et poursuis ma route.

La voiture bleue me rejoint et l’homme crie de plus belle:

— T’as failli te faire frapper ! T’as rien vu aller ! T’es don ben insouciante !

— Vous avez peut-être mal vu. On est arrivés en même temps au stop. J’allais le laisser passer, mais il m’a fait signe d’y aller en premier ! C’est ce que j’ai fait.

À ce moment, l’homme accélère et me coupe dans la piste cyclable, m’obligeant à me tasser subitement dans la rue. Il fait mine de tourner le coin, alors je le dépasse et traverse la rue Olier. Il sort sa tête de la voiture et me pointe une pancarte. Sa voix hausse d’un ton… la mienne également.

— T’as pas le droit d’être là !

— La piste cyclable est ouverte jusqu’au 31 octobre. 31 octobre, Monsieur !

— Ben c’est ça, tu vas avoir ta leçon dans quelques jours, ma p’tite !

— C’est vous qui avez besoin de leçons de civisme Monsieur. Je suis tout à fait dans mon droit. Je n’ai absolument rien à me reprocher. Je respecte le Code de la route, je suis prudente. Vous n’avez aucun droit de me juger comme ça ! Vous êtes irrespectueux, vous conduisez dangereusement, vous ralentissez le trafic, vous m’avez mise en danger en roulant dans la piste cyclable et vous me lancez des menaces !

— On devrait appeler le 93.3, dit-il en me reluquant de la tête aux pieds (d’un regard que je ne m’explique toujours pas), ils ne feraient qu’une bouchée de toi.

— Si on appelle quelqu’un, ça va être la police Monsieur.

Il part en marmonnant quelque chose d’incompréhensible. Pendant ce temps-là, moi je sauve la planète un jour à la fois ! La seule chose que je me reproche, c’est d’avoir oublié de prendre son numéro de plaque.

Merci à Madeleine Cloutier pour son témoignage.

11 réflexions sur “Une cycliste prise en filature

  1. Je suis tout à fait d’accord avec Moya ! Bon courage à nous les cyclistes. Et en plus, vos réponses sont justes oui ! Vous avez absolument raison !

  2. La question n’est pas s’il y a des imbéciles en voitures mais plutôt à quel moment vont-ils nous invectiver comme cycliste. Puisque c’est assez improbable à prévoir, il est donc à propos d’anticiper les altercations plutôt que d’être pris pour y réagir. Je vous suggère donc ici un répertoire non exhaustif du genre: « je comprend que vous trouvez que je prend beaucoup de place… imaginez si j’étais en voiture comment ce serait pire » ou encore « Merci de me rappeler qu’en vélo nous sommes les plus vulnérables alors merci aussi de prendre soins de nous » etc. etc. Toujours avec calme et le sourire. L’important c’est de rester zen et de pratiquer la fuite ou le karaté au cas où!!!
    Sans blague bon courage et longue vie aux convictions!

  3. Chère Madeleine Cloutier,
    Ton histoire me touche et je sympathise totalement.
    J’espère que ça ne te décourage pas de rouler, même au-delà du 30 octobre.
    Nous, citoyens à part entière qui payons nos taxes, avons le droit d’occuper une partie de l’espace public. Même qu’en considérant les calamités associées aux voitures (pollution sonore, visuelle, atmosphérique, changements climatiques, accidents, épuisement des ressources, étalement urbain, etc.), les automobilistes devraient nous remercier au lieu de nous intimider.

  4. Je me suis fait faire la même chose par sexagénaire en décembre dernier, il m’a suivi sur 13 km dans les pédales d’un quartier résidentiel à la limite Beauport et Charlesbourg, il a faillit me frapper à quatre reprises. Je me suis même caché pour m’en débarrasser mais il m’a attendu pendant plus de dix minutes. Toyota Sienna de la dernière génération.

  5. moi en general me faire klaxoné ne me dérange pas .
    je me dit qu’il ma vue et ne me frappera pas .
    mais des phénomene comme lui sont la preuve que les fous existes et il conduise une arme chargé

  6. Déjà que tu te sens à la base vulnérable en vélo, ce type d’individus augmentent ce sentiment parce que tu sais jamais jusqu’à où ils vont aller pour te prouver leur point. Je me suis mordu les doigts de ne pas avoir appeler la police lorsque deux gars dans un gros pick-up m’ont lancé une canette dans le dos. Certains disent d’ignorer, mais je suis pas sûre que c’est la bonne solution.

  7. Ah Québec! Je me suis fais suivre une fois de Charlesbourg jusqu a St-Roch…2 gars qui me criaient des bêtises et ont tenté de me tirer un vers de boisson gazeuse par la tête…d’après eux un vélo n’a pas le droit de rouler ailleurs que sur une piste cyclable. On se croise les doigts pour que les radios de Québec cessent leurs campagne de désinformation!

  8. C’est drôle, en tant que cycliste masculin je suis convaincu que ça m’arrive moins souvent que a cette damme. En général on me flippe le majeur, se tasse généralment trop près ou me regarde avec des yeux fous.
    Il faut juste garder sa bonne humeur ;)

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