Montréal est-elle la capitale du vélo ?

Piste cyclable de la rue Cherrier

La piste cyclable de la rue Cherrier, sur Le Plateau-Mont-Royal, est entretenue l’hiver.

Montréal est souvent présenté comme la capitale nord-américaine du vélo, un titre que lui contestent plusieurs municipalités, des deux côtés de la frontière. Mais est-elle seulement la capitale québécoise du vélo ?

Pour le savoir, nous avons comparé la performance de la métropole à celle des autres municipalités québécoises de plus de 100 000 habitants, à savoir Gatineau, Laval, Lévis, Longueuil, Québec, Saguenay, Sherbrooke, Terrebonne et Trois-Rivières.

Montréal se distingue lorsqu’on compare l’étendue de son réseau cyclable à sa superficie, mais se retrouve en queue de peloton lorsqu’on s’attarde au nombre de kilomètres par habitant.

Lévis remporte le maillot jaune

Avec 788 kilomètres de voies cyclables pour une population de près de 1,8 million, la métropole ne compte que 4,5 km par 10 000 habitants, alors que la moyenne québécoise est de 9,5 (ligne rouge dans le graphique ci-dessous). Pour être dans la moyenne, Montréal devrait donc compter 1700 km de voies cyclables, soit 900 km de plus.

Cela dit, Montréal n’est pas la seule dans le gruppetto : Laval (5 km/10 000 hab.), Québec (5,8 km/10 000 hab.) et Longueuil (6,6 km/10 000 hab.) ne sont pas loin devant la métropole. Toutes les autres villes se trouvent au centre du peloton, à l’exception de Lévis, qui remporte le maillot jaune, avec 20,7 km par 10 000 habitants.

Si Lévis se distingue avec deux fois plus de kilomètres de pistes cyclables par habitant que la moyenne québécoise, elle se disqualifie en continuant d’appliquer une réglementation d’une autre époque : la période d’ouverture de son réseau cyclable sur rue est la plus courte au Québec (du 15 mai au 30 septembre, soit 4 mois et ½ par année) et ses bandes cyclables sont fermées de 21h et 8h30 du matin. Au lit les enfants !

Kilomètres cyclables par habitant. La ligne rouge correspond au nombre moyen de kilomètres de voies cyclables par 10 000 habitants. Les villes se trouvant au-dessus de la ligne rouge performent mieux que la moyenne, alors que celles qui se trouvent en dessous performent moins bien.

Une île sur les stéroïdes

En revanche, Montréal se distingue lorsqu’on compare l’étendue de son réseau cyclable à la taille de son territoire. Avec 2,2 km de voies cyclables par km², elle fait exploser la moyenne québécoise, qui est de 0,9 km/km². Seule Longueuil n’est pas loin derrière, avec 1,4 km/km².

Montréal est-elle sur les stéroïdes ? Disons plutôt qu’elle bénéficie d’une population importante répartie sur un petit territoire. Contrairement à la plupart des municipalités québécoises qui s’étendent sur de vastes territoires, composés de terres agricoles et de forêts, la superficie de Montréal est limitée par son caractère insulaire.

Avec 364 km², sa superficie est comparable à celle de Gatineau et de Sherbrooke, alors que trois municipalités, Québec, Lévis et Saguenay, occupent un territoire encore plus grand. Saguenay arrive d’ailleurs en queue de peloton avec un territoire trois fois plus grand pour une population 12 fois moindre.

Somme toute, l’étendue du réseau cyclable par km² est un bien mauvais indicateur pour comparer Montréal au reste de la province. En revanche, il jette un éclairage nouveau sur la sous-performance de la métropole en ce qui a trait au nombre de kilomètres de voies cyclables par habitant : une forte densité permet de desservir plus de cyclistes avec moins de pistes cyclables. Maigre consolation.

Kilomètres cyclables par rapport à la superficie. La ligne rouge correspond au nombre moyen de kilomètres de voies cyclables par km².

Une capitale culturelle

Si Montréal mérite le titre de capitale du vélo, c’est plutôt pour la vitalité de sa communauté. Des coups d’éclats de l’association Le Monde à bicyclette à la création du groupe Facebook Vélo d’hiver — Montréal, la communauté cycliste montréalaise a toujours su se faire entendre à travers le tintamarre des klaxons et des pots d’échappement.

Après une première vague marquée par l’action contestataire, le mouvement cycliste a connu une professionnalisation progressive autour de Vélo Québec, sans renoncer aux autres formes d’actions de son répertoire. Cela s’est traduit, entre autres, par la création de la Coalition vélo de Montréal et le lancement de la campagne Une porte une vie. Dans un autre registre, l’installation des vélos fantômes en mémoire des cyclistes décédés a contribué à éveiller les consciences sur la nécessité d’améliorer les infrastructures et de revoir certaines dispositions du Code de la sécurité routière.

Cette effervescence s’est répercutée dans l’engagement, toujours croissant, de sa classe politique en faveur du vélo. En témoigne le déploiement d’un système de vélo en libre-service en 2009, la mise à niveau de ses pratiques d’aménagement sur le « modèle Copenhague » et le développement de son réseau cyclable quatre saisons avec l’objectif, ambitieux, de déneiger l’ensemble des voies cyclables l’hiver prochain.

Pour toutes ces raisons, la communauté montréalaise a joué, et continue de jouer, un rôle prépondérant dans la promotion du transport actif au Québec. Ne serait-ce que pour cela, il faut bien lui reconnaître le titre de capitale québécoise du vélo.

Tableau 1: Municipalités québécoises de plus de 100 000 habitants
Ville Superficie Population Réseau cyclable km/km² km/10 000 hab.
Gatineau 342 281 781 279 0,8 9,9
Laval 246 430 077 215 0,9 5
Lévis 447 145 454 302 0,7 20,7
Longueuil 116 246 152 163 1,4 6,6
Montréal 364 1 765 616 788 2,2 4,5
Québec 454 545 485 315 0,7 5,8
Saguenay 1137 145 365 164 0,1 11,3
Sherbrooke 354 166 633 152 0,4 9,1
Terrebonne 154 113 575 133 0,9 11,7
Trois-Rivières 289 136 018 147 0,5 10,8

Une réflexion sur “Montréal est-elle la capitale du vélo ?

  1. Super article! Je m’interroge toutefois sur l’accessibilité du réseau cyclable montréalais. Dans «Bikenomics», Elly Blue mentionne que ce sont principalement les communautés riches et «blanches» qui bénéficient des infrastructures cyclables. Dans ses propres mots:

    « […] relatively affluent, white-majority neighborhoods enjoy the economic boost that comes with bike infrastructure. Those who can’t keep up with rising property values, and the higher-priced local stores that come with them, move away – often to places that have more transportation restrictions than their neighborhood originally did. »

    À ce titre, la comparaison entre ces deux cartes publiées par Le Devoir est éloquente.

    1- Inégalités économiques: https://s3.amazonaws.com/apps.ledevoir.com/dailygraphics/graphics/16-12_inegalites-transport/CarteDefav.html

    2- Réseau cyclable: https://s3.amazonaws.com/apps.ledevoir.com/dailygraphics/graphics/16-12_inegalites-transport/CarteInfraVelo.html

    Il reste du travail à faire!

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