Qui sont les cyclistes saisonniers?

Graphique 1: Principaux modes de transport domicile-travail des cyclistes saisonniers

Les débats passionnés sur le vélo d’hiver ont occulté un autre phénomène, tout aussi important pour la promotion du cyclisme utilitaire au Québec : le report des cyclistes saisonniers vers d’autres modes de transport pendant la saison froide. Une bonne compréhension de ce phénomène est pourtant cruciale pour déterminer qui sont les cyclistes saisonniers et quelles mesures sont susceptibles de les inciter à pédaler plus tôt au printemps et plus tard en automne. Pour le comprendre, la Table de concertation vélo des conseils de quartier de Québec a sondé un peu plus de 200 personnes qui se déplacent principalement à vélo pour leurs déplacements domicile-travail pendant la période estivale, mais utilisent un autre mode de transport le reste de l’année. En voici les principaux résultats.

Saison cyclable

À Québec, le réseau cyclable est ouvert du 1er mai au 31 octobre. Pourtant, les données recueillies auprès des cyclistes saisonniers indiquent qu’ils sont nombreux à sortir leur bicyclette dès le mois d’avril et à la remiser fin novembre (graphique ci-contre).

Au printemps, la part modale du vélo chez les navetteurs saisonniers augmente progressivement à partir du mois de mars, où elle se situe à 4%, avant de passer à 34% en avril, puis à 96% en mai. Autrement dit, le tiers des cyclistes saisonniers n’attendent pas l’ouverture du réseau cyclable pour débuter leur saison. Il devrait donc être possible d’augmenter substantiellement le nombre de cyclistes printaniers en interdisant le stationnement sur les bandes cyclables un mois plus tôt.

La transition est plus progressive à l’approche de la saison froide, puisque les conditions météorologiques sont généralement propices jusqu’à la fin novembre. Ainsi, près de la moitié des cyclistes saisonniers (46%) circulent encore sur deux roues après la fermeture du réseau cyclable en novembre, et 6% continuent à le faire en décembre. Des gains importants pourraient donc être réalisés en prolongeant la saison cyclable après le 31 octobre.

Le Tableau 1 ci-dessous présente l’évolution des modes de transport domicile-travail des cyclistes saisonniers sur douze mois. La période d’ouverture officielle du réseau cyclable est encadrée en vert.

Tableau 1: Principaux mode de transport domicile-travail des cyclistes saisonniers

Mode de transport d’origine

Graphique 2: Mode de transport d’origine des cyclistes saisonniers

Comment se déplacent les cyclistes saisonniers lorsqu’ils ne roulent pas à vélo? La moitié d’entre eux préconisent le transport en commun (50%), alors que les marcheurs et les automobilistes sont répartis à parts égales (environ 25% pour chaque mode de transport).

Par conséquent, l’idée selon laquelle les cyclistes ne contribuent pas à la réduction des GES parce qu’ils « n’ont pas de voiture » est dépourvue de fondement empirique. Bien que la grande majorité des cyclistes estivaux affirment se déplacer en transport en commun ou à pied pendant la saison froide, un répondant sur quatre préconise la voiture. Si on accepte le chiffre généralement convenu que 10% des cyclistes utilitaires font du vélo l’hiver, cela signifie que chaque fois que vous croisez dix cyclistes en juillet, un peu plus de deux d’entre eux seront des automobilistes en décembre.

GES évités

Graphique 3: Distance quotidienne moyenne parcourue par les cyclistes saisonniers par mode de transport

Même s’ils sont moins nombreux, les cyclistes qui roulent en voiture pendant la saison froide génèrent des réductions de gaz à effets de serre beaucoup plus importantes que leurs congénères en raison des émissions associées à ce mode de transport ainsi qu’aux distances plus grandes qui les séparent en moyenne de leur lieu de travail. En effet, automobilistes qui roulent à vélo en été parcourent en moyenne 17 km par jours, contre 15 km pour les usagers du transport en commun et 5 km pour les marcheurs

Considérant qu’une voiture individuelle émet environ 0,21 kg équivalent CO2 par kilomètre, un trajet de 17 km parcourus à vélo plutôt qu’en voiture évite donc l’émission de 3,6 kg CO2 éq. par jour. Au bout de six mois, cela équivaut à près d’une demi-tonne !

Le même principe s’applique dans une moindre mesure aux usagers du transport en commun. On estime qu’un autobus urbain émet 0,06 kg de CO2 éq. par passager par kilomètre. Sur une période de six mois à raison de 15 km par jours, cela équivaut à 117 kg de CO2.

Toutes choses étant égales par ailleurs, l’aménagement d’une bande cyclable comme celle de la rue du Pont, qui ferait bondir le nombre de passages de 400 à 900 par jour, permettrait d’éviter l’émission de plus de 40 tonnes de CO2 éq. par année. C’est considérable !

C’est bien sûr sans compter que la moitié des navetteurs qui font la transition du transport en commun vers le vélo ne seraient peut-être pas capables de supporter la promiscuité du bus à l’année. Autrement dit, s’ils ne goutaient pas au plaisir de rouler à vélo en été, il est probable que bon nombre d’entre eux rouleraient depuis longtemps en voiture. D’ailleurs, bien que 25% des répondants affirment utiliser la voiture pour leur déplacements domicile-travail en hiver, 56% affirme utiliser la voiture pour faire leurs emplettes. C’est dire que bon nombre de cyclistes estivaux possèdent ou ont accès à une auto, même s’ils ne l’utilisent pas pour aller travailler.

Conclusion

Les résultats de ce sondage mettent en lumière une dimension négligée de la lutte aux changements climatiques : l’origine des émissions de gaz à effet de serre évitées par l’utilisation du vélo. Ce faisant, ils fournissent de nouveaux outils pour estimer les émissions de gaz à effet de serre évitées par l’utilisation du vélo. Parce qu’il faut se le dire, un vélo de plus n’équivaut pas toujours à une voiture de moins, puisque le transfert modal peut aussi se faire à partir de la marche ou du transport en commun.

Méthodologie

Du 15 et le 30 avril 2018, la Table de concertation vélo des conseils de quartier a réalisé un sondage sur le transfert modal saisonnier des cyclistes. Ce sondage non probabiliste s’adressait aux personnes qui se déplacent principalement à vélo pendant la période estivale, mais utilisent un autre mode de transport le reste de l’année pour leurs déplacements domicile-travail. Les 27 conseils de quartier de la Ville de Québec ont été invités à partager le sondage sur leur page Facebook afin d’obtenir un échantillon aussi représentatif que possible. Un peu plus de 200 répondants ont rempli le formulaire. Pour fin d’analyse, nous avons exclu les répondants utilisant le vélo 12 mois par années. Nous avons également exclu les répondants qui n’utilisent jamais le vélo dans leurs déplacements quotidiens.